à la rencontre des compétences tunisiennes à Paris

à la rencontre des compétences tunisiennes à Paris

Une conférence-débat s‘est tenue à la FIAP – Jean MONNET à Paris 14ème à laquelle a été convié Cheikh Rached Ghannouchi, leader du Parti Ennahdha, et un groupe de cadres et entrepreneurs tunisiens résidents en France.
Le débat a commencé par une série de questions d’ordre politique, économique et social posées par le représentant de l’organisation patronale « CONECT » en France M. Mounir Beltaïfa suivie par les questions des présents sur les positions du chef d’Ennahdha sur les sujets d’actualité.
M. Rached Ghannouchi a commencé par exprimer sa joie d’être parmi les siens et de rappeler l’exil sur plusieurs vagues à partir de 1981 des nahdhaouis dans plus de 50 pays et 27 prisons et comment la révolution les a réunis et leur a permis d’accéder rapidement au pouvoir au sein de la troïka pour le céder après les assassinats politiques et les turbulences qu’a connu le pays et la région et notamment le coup d’état en Egypte. Il a rappelé que cette prise du pouvoir n’était que partielle puisque des pans entiers des centres de pouvoir, tels les médias et le monde économique entre autres, sont restés hostiles à la Troïka.
Concernant l’opportunité de renouveler sa confiance au gouvernement de technocrates actuel, il s’est défendu de le faire : selon lui, le jeu de la démocratie exige de ceux qui gagnent les élections d’exercer le pouvoir tout en laissant la porte ouverte aux ministres ayant fait leurs preuves, mais nuance son propos par l’exigence du consensus qu’appelle la période transitoire. En effet, plus le prochain gouvernement sera consensuel et élargi aux différentes sensibilités politiques et plus ses chances de réussite seront garanties. Cet effort de rassemblement des différentes sensibilités aurait dû être fait après les élections de 2011 pour épargner à la Tunisie les évènements tragiques qu’elle a connue durant l’exercice du pouvoir par la Troïka et au-delà.
Quant à la décentralisation, il s’est félicité du progrès fait à ce niveau grâce à la nouvelle constitution qui a non seulement permis de partager le pouvoir, jadis concentré entre les mains d’un seul homme, à différentes institutions (parlement, présidence,…) mais également entre l’état et ses régions sans compter les différentes instances de contrôle créées pour limiter les possibles excès de pouvoir des uns et des autres. Il en prend pour témoin la Banque Mondiale qui a montré sa satisfaction de cette décentralisation et a alloué un montant de 500 Millions de dollars pour sa mise en œuvre.
Concernant la corruption qui gangrène l’économie du pays et qui s’est accentuée après la révolution avec la faiblesse de l’Etat et les évènements en Lybie, il a expliqué que ce problème était mondial et a pris pour exemple la crise financière qui a frappé l’Amérique en 2007 par la faute de pratiques frauduleuses. Il a rappelé que les gouvernements de transition ne peuvent mettre en œuvre des politiques fiables pour éradiquer ce fléau et qu’il sera pris à bras-le-corps par les prochains gouvernements élargis car il a besoin d’un fort consensus. Ainsi, on s’épargnera les éventuels échecs dus aux réticences probables de l’opposition, prenant pour exemple les 82 juges écartés par l’ancien Ministre de la Justice et dont un grand nombre a réintégré son poste après en avoir été évincé.
Evoquant le volet économique, le Cheikh a déploré les dégâts causés par l’ancien régime au sujet de la moralité et des valeurs qui doivent fonder une société juste. Il a notamment mis l’accent sur la valeur « travail » qui est passée à la trappe avec la prolifération des différents trafics et la contrebande encouragés par l’ancien dictateur. C’est cette perte de la valeur du travail qui a nous a mis dans la situation actuelle avec les demandes d’augmentations et de travail sans qu’il y ait de contrepartie au niveau de la productivité, comme par exemple la Compagnie des phosphates de Gafsa qui employait 5000 personnes pour une production annuelle de 12 Millions de Tonnes alors qu’actuellement avec 27 000 personnes elle n’en produit plus que 3 Millions.
La conclusion était claire : l’expérience tunisienne réussira car son peuple est uni et rien de ce qui se passe dans la région ne perturbera son accession à une démocratie pérenne au sein d’une société juste.

22 juin 2014 / Actualités

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